Résumé

Guerre de Succession d'Espagne

Résumé de la Guerre de Succession d'Espagne

La Guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) est le conflit qui oppose les puissances européennes après la mort de Charles II pour le contrôle de l'immense empire colonial espagnol. Ce conflit ravagera l'Europe pendant treize ans et redessiner les rapports de force mondiaux.

Le casus belli : Un testament qui change l'histoire

En 1700, le Royaume d'Espagne, puissance européenne possédant un empire colonial sans égal, est confronté à un grave dilemme : qui succédera à Charles II ? Le roi, marié à deux reprises mais sans enfants, était de constitution fragile. À sa mort, en novembre 1700, les cours européennes se précipitent sur l'occasion d'agrandir leur territoire et surtout d'hériter du plus grand empire colonial au monde.

L'empire espagnol s'étend en Amérique centrale, en Amérique du sud, aux Caraïbes, aux îles Philippines et aux îles Cap Vert, Canaries et Majorque (selon le Traité de Tordesillas de 1494), sans oublier quelques territoires africains, les Pays-Bas espagnols, le duché de Milan, le grand-duché de Toscane, le royaume des Deux-Siciles et la Sardaigne. L'Espagne règne sur la Méditerranée et l'Océan Atlantique avec une puissance économique alimentée par les richesses coloniales.

Deux prétendants étrangers au trône d'Espagne se profilent: la Maison d'Habsbourg menée par Léopold Ier (empereur du Saint Empire Romain Germanique), cousin et beau-frère du roi espagnol, et la Maison Bourbon menée par Louis XIV (roi de France), également cousin et beau-frère de Charles II.

Les deux monarques se mettent d'accord lors de plusieurs rencontres en 1700 sur un partage équitable : l'Espagne et ses colonies seraient divisées entre la France et le Saint Empire Romain Germanique. Mais un coup de théâtre bouleverse tout : Charles II, avant de mourir, a écrit un testament léguant la totalité de ses territoires au petit-fils de Louis XIV.

Louis XIV fait un choix décisif : il accepte le testament et place son petit-fils sur le trône d'Espagne. Philippe V est couronné roi d'Espagne et rejoint Madrid en janvier 1701. Le mois suivant, une série de réformes valide les droits de Philippe V à la couronne de France et renforce le rapprochement entre France et Espagne par l'occupation des forteresses nord-espagnoles.

La coalition contre la France

Léopold Ier, furieux de cette décision, se rapproche en septembre 1701 de l'Angleterre, des Provinces-Unies, du Portugal, du Brandebourg et du Piémont dans une alliance puissante nommée « Grande Alliance de la Haye ». Le même mois, la France riposte en s'alliant avec les princes-électeurs de Bavière et de Cologne, avec un prétendant au trône d'Angleterre et avec les États pontificaux.

La guerre est déclarée...

Le front allemand : une débâcle décisive (1702-1704)

Louis XIV tente ensuite de sécuriser le sud en ouvrant un front en Allemagne pour protéger ses possessions outre-Rhin.

Le maréchal de Villars, conscient de la position coalisée à Friedlingen et de sa supériorité, attaque le 14 octobre 1702. Cette bataille sanglante n'avantage personne.

Après deux ans de manœuvres sans décision majeure, le duc de Marlborough (ancêtre du célèbre Winston Churchill) intercepte une armée franco-bavaroise marchant vers Vienne. Elle se replie à Blenheim. Le 13 août 1704, cette armée évacue l'Allemagne après 25 000 pertes. Un coup catastrophique pour France, Bavière et Cologne

Le duc de Marlborough signant une dépêche à Blenheim
Le duc de Marlborough signant une dépêche à Blenheim
Huile sur toile, par Robert Alexander Hillingford

Retour en Italie : la Savoie basculée (1704-1706)

Après deux ans sans combats en Italie, le maréchal Vendôme attaque le duché indépendant de Savoie dont le souverain Victor-Amédée II a rejoint la Coalition.

Eugène de Savoie vient renforcer l'allié savoyard. À Cassano, les deux armées s'affrontent à forces égales (environ 30 000 hommes de chaque côté). La bataille est meurtrière : 10 000 coalisés tombent contre 5 000 Français. L'armée germano-savoyarde se replie et les Français conquièrent Nice et le reste du duché de Savoie.

L'armée française échoue cependant à prendre Turin et le front italien se stabilise de nouveau, cette fois en faveur de la France et de ses alliés.

Le bourbier flamand : la débâcle du Nord (1706-1708)

Malgré leur défaite en Italie, les membres de la Grande Alliance profitent de leur victoire en Allemagne pour déferler sur les Pays-Bas espagnols, région stratégique remplie de forteresses réputées quasi-imprenables.

Le 23 mai 1706, Villeroy affronte les Coalisés à Ramillies. Chaque armée aligne 60 000 hommes. Marlborough attaque le flanc droit français. Villeroy dégarnit sa gauche pour renforcer sa droite, consolidant d'abord ce flanc. C'était un piège : Marlborough maintient la pression à droite tout en écrasant la gauche française affaiblie. Les troupes de Villeroy, désorganisées, perdent 20 000 hommes et battent en retraite.

Parallèlement, les caisses de l'État s'épuisent. Le maréchal Vauban, commissaire général des fortifications, demande un nouvel impôt (la dîme royale) pour les défenses françaises qui se délabrent. Louis XIV refuse de crainte de perdre le soutien public. À Toulon, assiégée par les flottes coalisées, la flotte française se saborde en été 1707 pour bloquer le port et empêcher une prise par la mer.

En 1708, après deux ans sans combats majeurs en Flandres, Louis XIV lève une armée de 100 000 hommes pour reprendre le terrain perdu. Le commandement est confié à deux maréchaux : Vendôme et le jeune Louis de Bourgogne (petit-fils du roi). En désaccord sur la stratégie, c'est l'inexpérience de Bourgogne qui tranche. L'armée française s'engage en Flandres, mais cette erreur permet à Marlborough et Eugène de joindre leurs forces.

Maîtres de la quasi-totalité des Flandres, les Français marchent vers Audenarde, dernier bastion coalisé. Mais à nouveau, l'inexpérience de Bourgogne coûte cher : après avoir traversé le fleuve, l'avant-garde française se fait repousser. L'ennemi traverse à son tour. Bourgogne ordonne une contre-offensive que Vendôme voit vouée à l'échec et demande des renforts. Permission refusée. Le soir, après 15 000 pertes, l'armée française se replie.

Les Coalisés avancent au sud. Lille tombe en octobre 1708, puis Gand en décembre. Le Roi-Soleil a perdu ses territoires flamands.

La défense de Lille par les FrançaisLa défense de Lille par les Français, par Paul Lehugeur (XIXème siècle)

En 1709, l'économie française se vide, l'armée reflue sur tous les fronts et l'opinion publique réclame la paix. Louis XIV approche alors la Coalition pour négocier. Mais le seul chemin vers la paix passe par l'abdication de Philippe V et son remplacement par Charles, fils de Léopold Ier. Excédé, Louis XIV refuse et rompt les pourparlers.

Les Coalisés relancent l'offensive en 1709, assiégeant Tournai et Mons pour forcer la décision du Roi-Soleil. Louis XIV confie 80 000 hommes au maréchal de Villars avec mission de bloquer puis reconquérir le terrain perdu.

Après une progression vers Mons, l'armée française se heurte à Marlborough à Malplaquet. Le général coalisé, supérieur en nombre, fortifie son flanc droit pour écraser la gauche française. Bien que la France se replie vers Valenciennes, elle subit moins de pertes : 10 000 Français pour 25 000 Coalisés ! Marlborough lui-même est blessé. Son armée recule aussi, épuisée. Villars s'exclame à Versailles : « Encore une défaite comme celle-là, Sire, et nous avons gagné la guerre ! » Marlborough, à son retour en Angleterre, est d'ailleurs destitué tant l'opinion anglaise est pacifiste.

La Péninsule ibérique : deux couronnes, un pays divisé (1703-1711)

En 1703, à Vienne, l'archiduc Charles est couronné roi d'Espagne par les Coalisés. Le Royaume d'Aragon, qui forme l'un des quatre royaumes d'Espagne, se détache de Castille et proclame Charles III comme roi. L'Espagne devient un champ de bataille entre deux dynasties : les Bourbons (Philippe V) et les Habsbourg (Charles III).

Pour soutenir Charles, les Anglais s'emparent de Gibraltar en 1704, coupant la flotte française méditerranéenne de l'Océan Atlantique. La même année, une flotte franco-espagnole affronte la Royal Navy au large de Gibraltar lors de la bataille navale de Velez Malaga. Malgré une tactique audacieuse, les flottes combinées subissent une défaite et doivent battre en retraite. Gibraltar reste aux mains anglaises.

En 1707, l'armée coalisée campant en Espagne est écrasée par les troupes de Philippe V à la bataille d'Almanza. Charles III se réfugie en Catalogne. À l'été 1710, l'armée espagnole attaque les Coalisés à Almenar, mais déstabilisée par les offensives coalisées, Philippe V doit reculer sur Saragosse. Le 20 août, son armée est écrasée par l'artillerie coalisée. Philippe V lui-même n'échappe qu'en revêtant l'uniforme d'un simple soldat.

Madrid est maintenant menacée, la route ouverte par deux défaites successives. Plus de la moitié de la population quitte la capitale. L'évacuation devient inévitable : le 9 septembre 1710, Philippe V abandonne Madrid. Le 28 septembre, Charles III arrive dans une capitale vidée de ses habitants. Lui qui rêvait d'un accueil triomphal ne rencontre que le silence : « Mais cette cité est déserte ! » s'exclame-t-il, et son observation était juste.

Louis XIV envoie au secours de son petit-fils le maréchal Vendôme avec 20 000 hommes. Alors que celui-ci fait route vers Madrid, Charles III, incapable d'imposer son autorité à la Castille rebelle, rongé par les maladies et les plaies de son armée, s'enfuit en Catalogne à l'hiver 1710. Son armée se fragmente : 2 000 hommes restent à Madrid, 12 000 sous le général Rüdiger partent vers la Catalogne, et 5 000 sous le général Stanhope ferment le convoi.

Le 8 décembre 1710, Vendôme apprenant cette retraite change de direction, tourne à contre-attaque et frappe le corps d'arrière-garde de Stanhope. Celui-ci, réfugié à Brihuega, se rend après vaillante résistance. Rüdiger, voyant le piège et la débâcle de son arrière-garde, fait demi-tour précipitamment vers Barcelone.

Le 10 décembre, deux jours après Brihuega, l'armée française rencontre la colonne autrichienne à Villaviciosa. Après des heures de combat, les deux camps perdent environ 3 000 hommes. Rüdiger ordonne la retraite sur Barcelone. Épuisés par la marche, harcelés par la guérilla espagnole et frappés par la maladie, ses soldats n'arrivent qu'en janvier 1711 avec seulement 6 000 hommes, ayant perdu moitié de son effectif depuis Madrid.

Grâce à cette intervention française, Philippe V retourne à Madrid où il reçoit un accueil triomphal. Vendôme a sauvé sa couronne.

En avril 1711, un événement décisif survient : Joseph Ier, fils de Léopold Ier qui avait succédé à son père en 1705, meurt subitement. Son frère Charles, prétendant à la couronne espagnole, devient Empereur du Saint Empire. Or, les Provinces-Unies et l'Angleterre, entrées en guerre pour contrer l'hégémonie française, ne veulent pas non plus d'une hégémonie germanique. À la fin de 1711, les belligérants se réunissent une seconde fois pour mettre fin à la guerre.

Le retournement : Denain et la fin de la Coalition (1712-1713)

Malgré les pourparlers, les combats persistent. En Flandres, Malplaquet a endigué l'invasion du Nord français et une lueur d'espoir demeure. Les Anglais ont rappelé toutes leurs forces du continent, ne maintenant aucune armée importante en Europe.

Début 1712, Eugène relance l'offensive. Denain et Le Quesnoy sont prises en mai et juin. Villars, confié à nouveau du commandement, organise une campagne décisive. Il bloque les ponts et marche sur Landrecies où attend Eugène. En infériorité apparente, Eugène rappelle les troupes qu'il a détachées à Denain. C'est le piège. Denain se vide, les Français contre-attaquent et déferlent sur la ville désormais faiblement tenue.

Eugène, réalisant trop tard son erreur, voit ses troupes défaites de toutes parts. Près de 8 000 Coalisés tombent au siège de Denain le 24 juillet 1712. Cette victoire française change le contexte diplomatique.

Le front se stabilise. En octobre 1713, l'armée française traverse le Rhin et prend Fribourg. En décembre 1713, Villars et Eugène se rencontrent au château de Rastadt pour préparer les traités de paix.

La rencontre de Villars et d'Eugène de Savoie. Gravure issue de l'ouvrage Histoire de France, par François Guizot.

Le Traité d'Utrecht : fin de la guerre et réorganisation du monde (1713)

Réunis à Utrecht depuis 1712, les diplomates ne trouvent un accord que suite à la victoire éclatante de Denain. Un premier traité est signé en avril 1713 entre France et Angleterre (retirée depuis 1711), suivi d'un second entre Espagne et Angleterre en juillet.

L'Espagne est le grand perdant de cette guerre qu'elle a involontairement provoquée. Treize ans de combats se soldent par des pertes territoriales massives :

  • L'Autriche récupère les Pays-Bas espagnols, le duché de Milan, le royaume de Naples et la Sardaigne (bientôt échangée pour la Sicile avec le duc de Savoie)
  • Le duché de Savoie reçoit la Sicile et quelques territoires alpins
  • L'Angleterre prend Gibraltar et Minorque (l'Espagne conserve Majorque)
  • En contrepartie, Philippe V est enfin reconnu roi d'Espagne mais renonce à tous ses droits sur la couronne de France

Les Habsbourg renoncent définitivement au trône espagnol. Les électeurs de Cologne et de Brandebourg, alliés à Louis XIV, récupèrent leurs territoires perdus. La France doit rendre Fribourg, Brisach et Kehl, démolir les fortifications de Dunkerque et cesser de soutenir le prétendant Stuart Jacques III. Elle abandonne l'Acadie et l'île Saint-Christophe aux Anglais. Seule consolation : Louis XIV récupère la vallée de l'Ubaye dans les Alpes en échange de la vallée de Suse.

Les perdants et les gagnants : L'Angleterre sort grande vainqueur, consolidant sa puissance et sa suprématie navale. Les Provinces-Unies sortent ruinées, écrasées commercialement par la France et la Grande-Bretagne. L'Autriche gagne des territoires mais doit affronter la montée en puissance de la Prusse, devenue kingdom sous Frédéric Ier grâce au soutien à l'Empereur. Le duché de Savoie parvient enfin à son indépendance, agissant en grande puissance européenne.

Pour la France : Le traité d'Utrecht n'est pas une victoire, mais pas un désastre non plus. Louis XIV conserve la plus puissante armée d'Europe et les frontières de la France, ainsi que son empire colonial, restent intacts.

Un dernier événement marque la fin de la Guerre de Succession d'Espagne : la prise de Barcelone par les armées de Philippe V le 11 septembre 1714, ultime rébellion d'une Catalogne défensive.

Bibliographie sélective

Ouvrages généraux

  • MCKAY, Derek. The Great War for Empire: The Struggle for Global Dominance and the Making of the Modern World, 1756-1815. New York : Longman, 2002.
  • MCKAY, Derek et SCOTT, Hamish M.. The Rise of the Great Powers: 1648-1815. London : Longman, 1983.

Guerre de Succession d'Espagne

  • BATTESTI, Michèle. La Bataille navale de Vélez Malaga (1704). Paris : Économica, 2001.
  • BRULEY, Yves. La Guerre de Succession d'Espagne : 1701-1714. Paris : Éditions Ouest-France, 2001.
  • HAYES, Richard (dir.). The War of the Spanish Succession (1701-1715). London : Osprey Publishing, 2005.

Campagnes militaires et personnages

  • CHANDLER, David G.. The Art of Warfare in the Age of Marlborough. London : Spellmount, 1990.
  • HORN, Bernd. The French Navy in the Seven Years' War: Politics, Strategy and Operations. Oxford : Oxford University Press, 2015.
  • NOLAN, Cathal. The Allure of Battle: A History of How Wars Have Been Won and Lost. New York : Oxford University Press, 2017.

Contexte politique et diplomatique

  • BÉLY, Lucien. Louis XIV : Le plus grand roi du monde. Paris : Perrin, 2015.
  • MCKAY, Derek. The Great Elector: Frederick William of Brandenburg-Prussia. London : Longman, 2001.
  • Kreuzberg Ancien membre d'HistoriaGames

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