Hala Sultan Tekke : la métropole chypriote du Bronze récent se découvre

12 février
2026

Pendant plus de cinq siècles, entre 1650 et 1150 avant l'ère commune, la cité que l'on nomme aujourd'hui Hala Sultan Tekke — d'après la mosquée construite bien plus tard à proximité — fut l'un des plus importants centres commerciaux de la Méditerranée orientale. Située près de l'actuel lac salé de Larnaca, sur l'île de Chypre, elle prospéra grâce à un port naturel aujourd'hui disparu.

Les fouilles récentes dirigées par le professeur Peter M. Fischer de l'université de Göteborg et la New Swedish Cyprus Expedition ont profondément renouvelé notre compréhension de cette cité portuaire cosmopolite, de son économie et de sa fin brutale, dans le contexte des bouleversements qui marquent l'effondrement de l'âge du Bronze.

Durant cette période, Chypre — appelée Alashiya dans les textes anciens — était une plaque tournante du commerce maritime, exportant principalement du cuivre, abondant dans les montagnes du Troodos, vers les grandes civilisations de l'époque : Crète minoenne, Égypte, Levant, Mésopotamie et même Sardaigne, où s'épanouissait la culture nuragique.

Un port stratégique au cœur des échanges méditerranéens

Hala Sultan Tekke Grand cratère mycénien découvert lors de fouilles précédentes dans une tombe de l'élite à Chypre / crédit : P. M. Fischer

La position de Hala Sultan Tekke explique en grande partie son essor : la ville était protégée derrière une baie aujourd'hui comblée, offrant un mouillage sûr pour les navires marchands.

Les fouilles ont mis en évidence une ville dense d'au moins 25 hectares, organisée en quartiers spécialisés, avec plusieurs niveaux d'occupation. L'un d'eux présente des destructions majeures datées du cœur de la crise de la fin de l'âge du Bronze : traces d'incendie, bijoux fondus, bâtiments effondrés — autant d'indices d'une violence soudaine.

Les recherches antérieures avaient déjà révélé une cité spécialisée dans la métallurgie du cuivre, la teinture pourpre, le textile et une production céramique raffinée.

Nouvelles découvertes dans la nécropole

Hala Sultan Tekke Sceau chypriote / Crédit : Ministère de la Culture de la République de Chypre, Département des Antiquités

Les fouilles menées en mai–juin 2025 par le Département des Antiquités de Chypre et l'équipe internationale dirigée par Peter M. Fischer ont apporté un éclairage nouveau sur la nécropole extra-urbaine de Hala Sultan Tekke.

Les travaux se sont concentrés sur l'Area A, la grande nécropole située à l'est de la ville. Guidée par les prospections géophysiques, l'équipe a mis au jour :

  • un puits ancien, abandonné en raison de la forte salinité de la nappe (confirmée par un forage moderne),
  • deux tombes à chambre datées du XIVᵉ siècle avant l'ère commune, dont les toits s'étaient effondrés dans l'Antiquité.

Paradoxalement, cet effondrement a protégé les dépôts funéraires : les objets, parfois brisés, sont restés en place. Les tombes contenaient ainsi un ensemble varié d'objets locaux et importés, témoignant du statut élevé des défunts et de l'ouverture méditerranéenne de la cité :

  • céramiques mycéniennes (Berbati, Tirynthe),
  • vases minoens et d'autres îles égéennes,
  • scarabées égyptiens,
  • sceaux-cylindres levantins,
  • ivoires et vases en calcite (alabastre) d'Égypte,
  • lapis-lazuli d'Afghanistan (mine de Sar-i-Sang),
  • cornaline d'Inde (Gujarat),
  • ambre baltique, parfois travaillé en perles ou en scarabée,
  • poteries nuragiques de Sardaigne.
Kylix anatolien – Grand cratère minoen – Vase à étrier mycénien / Crédit : Ministère de la Culture de la République de Chypre, Département des Antiquités

En retour, on imagine aisément les artisans chypriotes produire leurs fameux lingots en forme de peau de bœuf, que les négociants écoulaient ensuite dans les ports méditerranéens.

Des pratiques funéraires fondées sur la continuité familiale

Les tombes fouillées en 2025, comme celles étudiées depuis 2010, montrent une réutilisation sur plusieurs générations. Les restes plus anciens étaient soigneusement déplacés pour accueillir de nouveaux défunts, signe d'une forte cohésion familiale et d'un culte des ancêtres structuré.

La stratification des dépôts — notamment des poteries — permet de raffiner la chronologie du site. Les analyses bioarchéologiques en cours (dont l'ADN ancien) devraient préciser :

  • les liens de parenté,
  • l'origine géographique des individus,
  • leur état de santé,
  • leur mode de vie.

Les premières observations indiquent une population comprenant tous les âges, mais rarement des adultes dépassant 40 ans, ce qui correspond aux standards démographiques de l'époque.

La richesse des tombes, la diversité des importations et la présence d'objets liés au commerce (poids, bijoux, vases de prestige) suggèrent que les défunts appartenaient à des familles d'élite impliquées dans l'exportation du cuivre et dans des échanges à longue distance.

Certaines préférences dans les objets importés pourraient même indiquer des spécialisations commerciales — familles liées à l'Égée, à l'Égypte, etc. — ou la présence de communautés étrangères intégrées à la ville.

Plan du site archéologique de Hala Sultan Tekke, avec la localisation de la nécropole d'Area A / Crédit : P. M. Fischer

Un site clé pour comprendre la Méditerranée du Bronze récent

Les découvertes de 2025 confirment Hala Sultan Tekke comme un hub économique majeur, un centre métallurgique de premier plan et un carrefour culturel unique. La nécropole d'Area A, avec ses tombes scellées et ses objets venus de trois continents, constitue aujourd'hui l'un des ensembles funéraires les plus importants du Bronze récent en Méditerranée.

  • Aymdef Rédacteur en chef
  • "L'objet de la guerre n'est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d'en face meure pour le sien." George S. Patton

L'article vous a plu ? Parlons-en sur notre serveur Discord !

N'hésitez pas à le partager !

Commentaires (0)

0 / 1000

Soyez le premier à laisser un commentaire !