Alexandre le Grand figure parmi les plus illustres personnages de l'Antiquité. Malgré sa courte vie, son histoire est extraordinairement riche en victoires militaires et conquêtes, grâce à ses talents reconnus de tacticien et à l'héritage militaire de son père.
De la Macédoine au fleuve de l'Indus, Alexandre crée en treize ans le plus grand empire connu jusqu'alors : un monde où Grecs et Perses sont appelés à vivre ensemble, du moins dans l'esprit de son conquérant.
L'héritage de Philippe II : fondation de la puissance macédonienne
La Macédoine, au nord de la Grèce, était longtemps restée une nation mineure du monde antique. Elle s'était même soumise à l'Empire perse pendant les Guerres médiques. C'est sous le règne de Philippe II qu'elle connait une croissance spectaculaire et devient l'égale des grandes cités grecques.
Parvenu au pouvoir en 359 av. J.-C., Philippe II engage immédiatement une réforme militaire qui pose les fondations de la grande armée macédonienne de son fils. Il entoure le roi de cavaliers d'élite, les hétairoi (compagnons), et augmente considérablement le nombre de fantassins, les pézétairoi (compagnons fantassins), recrutés parmi les paysans libres. Ces derniers forment le noyau de la phalange macédonienne, une redoutable formation en colonne de lanciers qui ravage les troupes ennemies. Il crée également une infanterie d'élite, les hypaspistes, recrutés parmi les jeunes nobles macédoniens.
Fort de cette puissante armée, Philippe II s'impose progressivement en Grèce. Il annexe les cités de Chalcidique à l'est, se fait élire archonte de Thessalie au sud, et intervient en Grèce centrale dans la Troisième Guerre sacrée (355-346 av. J.-C.), infligeant une lourde défaite aux Phocidiens. La Macédoine devient rapidement riche grâce à ses ressources abondantes : argent, fer, cuivre, or, bois et hommes de qualité. Face à cette menace croissante, les cités grecques se coalisent derrière Athènes et Thèbes. Lors de la Quatrième Guerre sacrée (339-338 av. J.-C.), Philippe intervient à nouveau en Grèce centrale pour soutenir l'amphictyonie de Delphes. L'affrontement décisif a lieu le 2 août 338 dans la plaine de Chéronée. Philippe II, secondé par son jeune fils Alexandre, remporte la victoire et impose son autorité sur la Grèce. Deux ans plus tard, Philippe est assassiné à Aigai, capitale ancienne de la Macédoine, au moment où il prépare la conquête de la Perse.
Les débuts : consolidation de l'héritage grec
À vingt ans, Alexandre reprend le pouvoir sous l'acclamation de l'armée. Il devient ainsi Alexandre III, plus connu sous le nom d'Alexandre le Grand. Des contestations accompagnent cette succession, mais le jeune roi les réprime sans tarder et mène une expédition en Grèce pour assurer leur soutien. Il se fait élire archonte de Thessalie, amphiction de Delphes et hégémon de la Ligue de Corinthe que son père avait créée pour contrôler les cités grecques. Il en profite également pour raser Thèbes en 335 à titre d'exemple.
Maître de la Grèce, Alexandre dispose de toutes les innovations militaires de son père : la sarisse (longsarisse), la phalange, les équipes d'ingénieurs spécialisés, les nouveaux moyens de siège, et l'utilisation intensive de la cavalerie légère et lourde.
La conquête de l'Asie Minor et du Proche-Orient
Après avoir consolidé sa position en Europe, Alexandre entreprend la conquête du continent asiatique. Entre le printemps 334 et novembre 333, il conquiert l'Asie Mineure, contrôlée par les Perses. Il établit ainsi la suprématie macédonienne dans cette région et sur les îles de la mer Égée, notamment après la bataille d'Issos, son premier affrontement direct avec le Grand Roi Darius III.
Entre novembre 333 et le printemps 331, il soumet la Phénicie après le mémorable siège de Tyr (janvier-août 332), puis l'Égypte où il fonde la grande cité d'Alexandrie. Il se tourne ensuite vers la Babylonie et l'Iran. Le 1er octobre 331, il défait définitivement Darius III lors de la bataille de Gaugamèles. Darius prend la fuite et sera assassiné l'année suivante par des rebelles. Avec la chute de Babylonie et le sac de Persépolis, Alexandre se pose en successeur du roi fugitif.
De l'été 330 au printemps 327, il conquiert les satrapies orientales (divisions administratives de l'Empire perse) : la Drangiane, la Sogdiane et la Bactriane. Il rencontre ses premières résistances sérieuses et ses premiers conflits avec ses officiers et soldats. Alexandre adopte progressivement les rites et les mœurs perses, ce qui irrite ses compagnons les plus proches. Philotas, accusé de complicité dans un complot, est exécuté. Son mariage avec Roxane, fille d'un chef local, n'apaise pas ces tensions.
La campagne indienne et ses limites
Convaincu d'être parvenu aux confins du monde oriental connu, Alexandre entreprend la conquête de l'Inde. De l'été 327 au printemps 326, sa progression est lente et laborieuse jusqu'à l'Indus. Le franchissement du fleuve est suivi de la bataille de l'Hydaspe, où il affronte le roi indien Poros et ses éléphants de guerre. L'infanterie macédonienne peine face à ces créatures redoutables, mais Alexandre remporte encore la victoire et peut ainsi étendre son empire le long de l'Indus.
Pendant la seconde moitié de 325, poussé par ses soldats épuisés et mutins, Alexandre doit s'arrêter sur les rives de l'Hyphase et accepter le retour. Le voyage de retour s'avère catastrophique : lors de la traversée du désert de Gédrosie (région du Pakistan actuel), un grand nombre de ses hommes périssent de maladie, d'épuisement, d'insolation ou de soif.
La fin du conquérant
Avant de regagner Babylone, Alexandre se rend à Suse où il épouse Stateira, fille de Darius III. Cette union irrite à nouveau ses officiers macédoniens. De plus, il remplace une partie de ses vétérans par près de 30 000 jeunes soldats iraniens. Les Macédoniens se révoltent, la sédition d'Opis, exprimant leur mécontentement. Alexandre y répond en exécutant les meneurs.
Alors qu'il projette de continuer ses conquêtes vers l'Arabie, Carthage et la Sicile, Alexandre meurt soudainement à Babylone le 10 juin 323, à l'âge de 32 ans, sans que les causes de son décès soient jamais clairement établies (fièvre ? virus du Nil ? empoisonnement ?).
Un héritage durable
Bien que brève, cette période transforme l'histoire de l'Antiquité. Pour la première fois, un chef tente d'unir les peuples helléniques et perses dans un même empire. Ses talents de tacticien font d'Alexandre l'un des plus grands stratèges de l'Histoire, dont les campagnes militaires servent de modèle pendant des siècles. Son empire, bien qu'il se fragmente après sa mort, marque profondément l'Orient en y imposant l'hellénisme comme marqueur culturel.
- "L'objet de la guerre n'est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d'en face meure pour le sien." George S. Patton
Soyez le premier à laisser un commentaire !