Que de chemin parcouru par BlackMill Games depuis 2014 et la première version de Verdun… sur navigateur ! Douze années et trois jeux plus tard, le studio néerlandais d'Alkmaar vient de produire son ultime opus, Gallipoli, qui transporte les joueurs sur le front ottoman. Sorti en plein été, le jeu réunit toutes les bonnes idées de la série… mais n’est pas pour tout le monde !
Si vous n’avez jamais joué à Verdun, Tannenberg ou Isonzo, vous devez connaître quelques petits points : à travers sa gamme WW1 Games Serie, le studio Blackmill cherche à rendre visible plusieurs fronts de la Grande Guerre tout en conservant un aspect ludique se mêlant au réalisme. Grâce à leur collaboration avec des historiens, les développeurs sont parvenus à recréer à chaque fois des uniformes, des armes et des champs de bataille le plus historiquement fidèles, pour un résultat très agréable.

1. Les environnements urbains étaient déjà beaux dans Isonzo, mais ils le sont encore davantage dans Gallipoli. A noter le FN Browning 1903 dont est équipé l'officier ottoman.
L’Italie, c’est fini
Après la boue de Verdun, les grands espaces de Tannenberg et les cols escarpés d’Isonzo, les développeurs néerlandais de Blackmill ont donc décidé de voyager encore plus à l’est, sur un front mal connu en France, les Dardanelles.
À l’été 1915, Paris et Londres, qui souhaitent briser le statu quo en France, sont convaincus qu’une offensive contre l’empire ottoman – allié de l’Allemagne impériale – amenant à sa chute pourrait pousser Berlin à demander un armistice. L’objectif, notamment planifié par les Britanniques, est de progresser dans le détroit des Dardanelles pour atteindre ensuite la capitale Constantinople.
Malgré la présence de plusieurs dizaines de milliers de soldats et de marins français, l’opération est méconnue dans l’Hexagone alors qu’elle représente un fort symbole national en Australie et en Nouvelle-Zélande – et pour une bonne raison : Londres envoie sur place des troupes du Commonwealth réunies au sein de l’Australian and New Zealand Army Corps (ANZAC), disponibles plus rapidement mais aussi jugées plus adaptées aux conditions climatiques de l’empire ottoman que les Tommies venant de l’Albion pluvieuse. C’est lors de ces batailles que l’ANZAC va y connaître ses plus durs engagements, devenant de facto un marqueur de la participation des soldats du Commonwealth à la Grande Guerre.

2. Le déploiement en tant que défenseur ou attaquant est limpide : sur les points à défendre ou sur les balises de réapparition. - 3. Le nom des escouades est trompeur, car toutes les classes sont jouables dans tous les types d'escouades. Elles disposent juste chacune de bonus spécifiques.
Une même recette
Au fil des ans et des jeux, les développeurs néerlandais de WW1 Games Serie ont petit-à-petit affiné leur méthode et les boucles de gameplay. Initialement sur Verdun, les deux équipes devaient se contenter de s’affronter sur des cartes plus ou moins grandes, le seul but étant de capturer des lignes de tranchées qui pouvaient à leur tour être reprises. Chaque classe avait sa spécialité et l’officier pouvait déjà appeler des frappes d’artillerie en fonction du niveau de son escouade. Tannenberg avait permis l’agrandissement des cartes et la diversification des points de capture tandis que cette méthode avait culminé avec Isonzo et ses deux objectifs à neutraliser. Oui, neutraliser, car contrairement à Verdun, Isonzo nécessitait parfois la destruction d’objectifs à base d’explosifs.
Gallipoli a plus ou moins conservé ce qui a fait le succès de ses prédécesseurs, même si le résultat actuel ressemble encore à une version anticipée. Les camps (défenseurs ou attaquants) sont clairement définis avec d’un côté les forces du Commonwealth et de l’autre l’armée ottomane. Chaque phase de jeu nécessite la capture de deux points : l’un spécialisé dans le soutien (sa capture permettant de diminuer les capacités en artillerie de l’adversaire) tandis que le plus important est le QG, qu’il faut en général capturer puis faire sauter. À chaque fois, les joueurs peuvent rejoindre des escouades aux caractéristiques spécifiques : celle de reconnaissance a une meilleure portée, celle de soutien est plus efficace avec les armes lourdes.
Pour tout ça ?
Chaque escouade peut accueillir jusqu’à cinq joueurs, et toutes ont les mêmes classes : officier, observateur, brancardier, porteur de munitions, grenadier, fusiliers, sniper, ingénieur… L’idée est bonne, mais à ce jour les bonus ne sont pas suffisamment impactants sur le champ de bataille. Les classes en elle-même ne changent pas la recette initiale et sont déjà très intéressantes, même si les nouvelles sont particulièrement peu attractives : les brancardiers, capables de relever plus rapidement les soldats blessés, ne sont quasiment pas joués et les porteurs de munitions inutiles - car en général, on meurt avant d’avoir épuisé toutes ses munitions !
Les joueurs des précédents opus retrouveront vite leurs marques, même si la balistique a été revue et les armes semblent un peu plus “lourdes”. Ce choix, signalé par le studio pour un aspect réaliste, permet à Gallipoli de se séparer du côté arcade qui prévalait dans Verdun et Isonzo sans pour autant devenir injouable. Il nécessite simplement un léger temps d’adaptation, surtout pour les mitrailleuses !

7. L'officier peut toujours dessiner sur la carte... sans forcément que ses coéquipiers ne le suivent. - 8. Certaines cartes sont très originales, comme celle-ci où les forces du Commonwealth débarquent d'un navire.
L’enfer des Dardanelles
Gallipoli parvient très bien à construire sa propre identité, avec deux points forts. Le premier est emprunté à Isonzo avec la construction de structures conférant des bonus comme des caisses de munitions pouvant servir de balises de réapparition ; le second est neuf, avec la possibilité de ne pas mourir de suite mais d’être mis à terre. Le joueur dispose alors d’un temps réduit pour être réanimé par un camarade et repartir au combat. Une mécanique de suppression fait aussi son apparition, même si elle est encore brute de décoffrage.
Si les vétérans de la série ne rencontreront pas véritablement de nouvelles armes côté Commonwealth, c’est vers le camp ottoman qu’il faudra se tourner. Sans véritable industrie de l’armement locale, les Ottomans bénéficient de nombreuses livraisons d’armements de la part des Allemands au début de la Grande Guerre avec notamment des Mauser 1903 et 1905, sans cependant recevoir de mitrailleuses légères. Entre les nouveaux pistolets et les nouveaux fusils, la faction ottomane est une véritable bouffée d’air pour la série.
Comme le jeu n’est pour l’instant qu'au début de sa vie, plusieurs voies d’amélioration ont déjà été identifiées par le studio : rendre l’expérience en tant qu’attaquant plus agréable (on meurt BEAUCOUP), améliorer la répartition des classes et des bonus, revoir l’équilibre de certaines armes (les pistolets semi-automatiques sont rois) tout en ajoutant de nouvelles cartes.
Seules quatre sont actuellement jouables, avec des environnements aussi variés qu’intéressants : entre les tranchées, les falaises et les ruines urbaines, il y a largement de quoi redécouvrir la saga des jeux WW1 Games Serie. Une nouvelle carte est cependant déjà prévue pour le 1er octobre, avec des effets graphiques intéressants comme des tempêtes de sable ou de nuit.

9. Les environnements désertiques sont excessivement bien réussis. - 10. Attendez-vous à voir beaucoup de matériels allemands chez les Ottomans. Beaucoup.
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